POUR QUE LE LIBAN DEMEURE

Le Liban est la Terre de Dieu. C’est Lui qui l’a choisi, et Il veut qu’il demeure Sa terre. Tout ce que les politiciens ont fait depuis 1943, profitant du silence de la plupart des prélats et parfois avec leur accord, a mené à la ruine de la maison de Dieu au Liban, et partant, dans l’Orient et le monde.

1– La campagne contre la loi réglementant les média – qui fait partie d’un tout – a prouvé que lorsque ceux qui parlent au nom du Liban veulent une chose et qu’ils la réclament avec force et insistance, ils sont capables de l’obtenir et de recouvrer les droits qu’on leur dérobe chaque jour.

2– On raconte dans certains cercles qu’il ne reste plus, pour une catégorie de Libanais, que 5% des fonctions premières et influentes, et qu’il nous incombe d’exiger immédiatement un recensement des fonctions publiques, et par suite l’application du décret dit 6/6 bis. Quant à nous, nous disons qu’il ne reste plus que 10% de fonctionnaires qui représentent Dieu, le Liban et la conscience; le reste sont les compères des politiciens pourris. Il n’est donc pas surprenant que la corruption batte son plein aujourd’hui dans tous les services administratifs.

3– La vente de la terre libanaise aux étrangers, aux Arabes en particulier, nous a menés vers une catastrophe. La superficie du Liban n’est que 10.452 km2, soit 1/9 de celle de la Jordanie (92.000 km2), 1/18 de celle de la Syrie (185.000 km2), 1/42 de celle de l’Irak (434.000 km2), 1/96 de celle de l’Égypte (1 million de km2), 1/163 de celle de la Libye (760.000 km2), 1/205 de celle de l’Arabie Saoudite (2.150.000 km2), 1/227 de celle de l’Algérie (2.380.000 km2), etc. Et la plupart des pays arabes refusent de nous vendre un pouce de leur terres immenses!

4– L’arabisation des programmes scolaires, langue et contenu, nous a menés à l’enseignement d’un patrimoine issu d’une région désertique et très limitée du monde. Ce patrimoine, les responsables de l’établissement des programmes scolaires l’ont affublé de titres tonnants, tel que: littérature arabe, philosophie arabe... que ceux auxquels elle appartient ne réclamaient même pas. Et pour faire taire ceux qui refusent l’arabité, ils ont décidé d’enseigner la France et quelques affidés européens. Et les Libanais n’ont pas réalisé que cette France était celle de la Révolution de 1789, c’est-à-dire la France athée, non la France croyante que notre peuple aime, et qui l’aime... C’est ainsi qu’ils ont éloigné les Libanais de Dieu, du Liban et du monde civilisé.

A présent, ils s’appliquent à unifier le livre scolaire d’histoire – et ils l’unifieront, mais sur la base de l’ignorance de notre patrimoine, et partant, sur une base fausse et sur la négation du Liban – et c’est là un pas effrayant vers ce dont ils rêvent: rayer le Liban de la carte. Et la fusion des secteurs de l’Université n’est qu’un aspect de la fusion intégrale qui se prépare, sous l’égide de la régression culturelle épouvantable que nous subissons. Dans les pays civilisés, on ouvre des écoles et des instituts culturels, et chez nous, ils les ferment, et tout le monde sait pourquoi ils les ferment!

Il faut s’atteler rapidement à la libanisation de l’enseignement, en commençant par inclure les grands piliers de notre civilisation dans les programmes scolaires, car à travers eux, nous ferons entrer Dieu, le Liban et la civilisation à l’école et, par la suite, dans la vie.

5– Les récents décrets de naturalisation ont frappé le Liban d’une calamité: la constitution d’un État non civilisé dans l’État. D’après les derniers recensements, les Libanais résidents comptent 3.100.000 personnes. Quant à ceux, pour la plupart analphabètes, qui ont été récemment naturalisés, ils passent, officiellement, pour être 350.000, mais leur nombre est probablement beaucoup plus élevé: 550.000 d’après des sources officieuses sûres; ils ont été naturalisés, paraît-il, parce qu’ils ont vécu un certain temps sur notre sol, mais tout le monde sait qu’ils ont profité des circonstances de la guerre et du manque de protection des frontières pour entrer au Liban. Tous les Libanais désirent qu’on étudie leurs cas un à un – c’est bien ce qui se fait dans les pays civilisés –, après avoir établi, pour l’octroi de la nationalité, des conditions conformes aux normes de ces pays, la moindre de ces conditions étant de connaître sérieusement l’apport du Liban à la civilisation et à l’anoblissement de l’homme, et le désir de servir ce Liban et non de l’asservir. Ainsi ils ne constitueront plus un fardeau pour notre pays, un fardeau d’autant plus insupportable que ceux qui ont été naturalisés n’ont fait que s’ajouter à tous les non Libanais qui vivent sur notre terre, dont plus de 1.500.000 Syriens – 1.100.000 de l’aveu de la Sûreté générale –, sans compter les Palestiniens, surtout armés et qui sont toujours capables d’ébranler l’État!

Il faut rapidement remédier à cette situation. Dans les pays éclairés, la proportion d’étrangers se situe entre 3% et 7% de la population, mais si on la laisse telle qu’elle est actuellement, le Liban sera inéluctablement noyé dans la vase étrangère!

6– De nombreuses invasions font peser leur joug sur le Liban, au point de lui ôter sa liberté de décision politique, voire sa liberté. Quant aux politiciens – souvent appuyés par la plupart des prélats –, ils nomment un seul ennemi et réclament son retrait sans conditions. Pourtant, ils savent pertinemment bien que s’il se retire, les autres s’empareront immédiatement de la région qu’il occupe. Ce comportement, les Libanais en connaissent les causes: la principale étant que les politiciens ne réclameront jamais le retrait du Liban de ceux à qui ils doivent leur bonne fortune, car ils ne veulent pas quitter les sièges qui permettent à la plupart d’entre eux de subtiliser des milliards!

7– Dernièrement, lorsqu’il a fallu faire rentrer les déplacés du Sud et de la Béqaa-Ouest dans leurs domaines, le gouvernement a montré qu’il était capable de le faire en moins d’un mois. Aussi, tout le monde se demande pourquoi les déplacés de la Montagne (en particulier le Chouf et son littoral) n’ont pas pu, après plusieurs années, récupérer leurs terres et leurs maisons. Comment les responsables se lamentent-ils du manque d’argent pour ce faire, alors qu’ils dilapident les milliards sur des "projets" qui ne profitent qu’aux poches des politiciens et de leurs acolytes, puisqu’aucun de ces projets ne passe sans qu’une grosse commission ne revienne à celui qui l’a arrangé, ce qui permet à l’entrepreneur, partenaire dans la combine, de mettre main basse sur une bonne part de la somme allouée! C’est ainsi que les projets sont adjugés de gré à gré, que le Trésor public est pillé par milliards, alors que la masse des gens vivent dans une gêne extrême, voire dans la misère, et peinent pour remplir les caisses de l’Etat, moyennant des impôts insupportables, et souffrent en voyant leurs politiciens s’enrichir sans vergogne, approfondissant de plus en plus le fossé entre les pauvres et les riches!

Les prélats ne font jusqu’à présent que réclamer la réforme administrative aux gens au pouvoir; comme ils demanderaient à Néron, après avoir accusé les Chrétiens, de s’accuser lui-même d’avoir incendié Rome. N’est-ce pas, en effet, le cas de la plupart de nos gouvernants qui, depuis 1943, sont responsables d’avoir précipité le Liban dans le gouffre? Et c’est pourquoi leurs réclamations ne rencontrent que des oreilles sourdes!

Nous ne nous étendrons pas plus longtemps sur des sujets sur lesquels on pourrait écrire un volume entier. D’ailleurs aucun des Libanais qui sont conscients des vérités de leur pays ne les ignore. Cependant, nous venons dire que nous possédons quelques solutions radicales. C’est pourquoi nous prions les prélats et les personnages influents qui ont à cœur l’intérêt du Liban, de ne plus réclamer de ceux qui ont détruit notre patrie de réparer ce qu’ils ont détruit – comme ont fait les chefs d’États du monde lorsqu’ils ont "cuisiné" l’accord de Taëf, qui a raffermi dans leurs postes ceux qui sont la cause de nos malheurs –, eux qui savent que c’est cette destruction qui leur a donné la richesse, la gloire et le pouvoir –, mais qu’ils joignent plutôt leurs efforts aux efforts de ceux qui, religieux ou laïcs, ont pour devise le service de Dieu et du prochain, et qu’ils s’appliquent avec eux à la reconstruction, par amour pour Dieu et du Liban.

Pour l’Académie de la Pensée Libanaise,

La Présidente,

May Murr

Ce manifeste, signé par le comité Supérieur de l’Académie a été proclamé au Siège Patriarcal à Bkerké, en présence de S.B. le Patriarche...Trois télévisions l’ont enregistré mais n’ont pas osé le diffuser.